Littérature
Christophe Alévêque ou François Rollin pour l’humour, Nelson Mandela ou Barack Obama pour la vision, Stéphane Bourgoin ou Ragnar Jonasson pour le frisson, Pierre Ballester ou Marc Lièvremont pour la passion…, le département Littérature des éditions de La Martinière propose des textes exigeants qui parlent à tous.

Le Jour où je me suis aimé pour de vrai

Serge Marquis

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« Et vous, avez-vous commencé à vivre ? » Charlot, 9 ansMaryse est une éminente neuropédiatre, une femme belle et intelligente, affreusement narcissique et persuadée d’avoir toujours raison. Elle est aussi la mère de Charlot, fils singulier, qui l’émerveille et l’exaspère à la...
appel d'air - texte

Qaanaaq (Extrait)

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27 juin 2018

L’enfant ouvre les yeux sur la nuit polaire. Sous sa couverture de phoque, ce n’est pas de froid qu’elle grelotte – elle a l’habitude. Elle vit déjà son troisième hiver interminable. Elle connaît tous les trucs, toutes les règles : les trois couches pour commencer, une en coton, une en laine, puis la peau tannée. Les tonnes de graisse animale à avaler chaque jour, comme une cuirasse calorique. Ça la dégoûte un peu. Mais il faut s’y faire. Non, c’est autre chose qui l’a saisie. L’a arrachée au repos. Une autre évidence échappée des immensités blanches, bleutées de lune, qui a pris le pas sur son rêve. Tous les Inuit le savent : rien de bon ne naît dans les songes. Au-dehors, les esprits de la banquise hurlent la colère obstinée de leur vent fou – le pitaraq, venu du désert de l’Inlandsis. La violence des rafales cogne contre les pans de cuir tendus comme sur un tambour. Ils n’annoncent que malheur. Ils parlent de peur, de larmes, de désolation. Ils répètent les visions funestes de l’angakkuq du village – mais qui écoute encore les élucubrations du chamane, de nos jours ? Les coups rythment les battements sourds du cœur de l’enfant. Pourtant, sous la tente autour d’elle, tout est paisible, dans la tiédeur relative du lieu. Dans un coin, un minuscule poêle à huile dispense son halo. Sila, l’âme de la famille, est en parfaite harmonie avec Nuna, leur terre nourricière. Sans cela, ils n’auraient pas mangé à leur faim avant le coucher. Sans cela, ils n’auraient jamais tenu jusqu’ici, tous les quatre. Son père n’est peut-être pas le meilleur chasseur de la région, ce n’en est pas moins un fier pisteur de narvals et d’ours. Les sens affutés et l’instinct clair. S’il y avait un danger quelconque, il serait déjà debout. Le fusil épaulé. Aux aguets. Sa mère et sa sœur aînée n’ont pas bougé non plus, amas de corps familiers dont la chaleur rassure l’espace encombré. Mina est la seule à percevoir l’odeur de mort qui rôde autour des peaux de rennes. Remparts dérisoires. La veille, une épaisseur de neige fraîche a recouvert la glace, songe-t-elle. Aucune chance de percevoir d’hypothétiques bruits de pas. Elle écoute. Le silence profond est plus effrayant que les hurlements les plus aigus. – Anaana ! Anaana ! souffle l’enfant vers sa maman. C’est peine perdue. Sa mère dort toujours, prisonnière des qivitoq, les esprits malins qui accaparent son sommeil. L’intrusion est fulgurante. Un jaillissement de la nuit dans l’habitacle nourricier. L’ombre qui se profile paraît démesurée. C’est idiot, mais la première pensée qui traverse la petite est qu’un tel géant ne peut pas rentrer tout entier sous leur tupeq. Il faut se pousser pour lui faire de la place. Comme lorsque son père cherche à toute force à faire tenir un phoque dans un coffre de conservation déjà plein à craquer de viande congelée. Elle n’a pas encore crié que le premier coup de patte frappe au hasard, avec la pesanteur d’une hache, dans le parterre de corps assoupis. Un déchirement mat de chair annonce les hurlements qui suivent aussitôt – affolés, et pourtant aussi insignifiants que ces hameçons qu’on plonge dans les trous de la banquise. La stridence est insupportable. Alors, plutôt que de fuir, la petite bouche ses oreilles et ferme ses yeux. Elle braille à son tour. Elle hulule comme ces renards arctiques qu’elle joue à pourchasser sous le regard de ses parents.

Noir c'est noir...

Qui n'aime pas les énigmes ? Qui ne s'est jamais trituré les méninges pour découvrir le fin mot de l'enquête ?

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